Japanoise

Japanoise

Article écrit par Super Frigo

Aujourd’hui, je vais vous parler musique. Plus spécifiquement d’une scène musicale assez caractéristique du Japon, et quoi de mieux pour illustrer mon propos qu’une bonne description Wikipédia copiée-collée sans une once de honte pour introduire ce vaste sujet :

Japanoise (ジャパノイズ, Japanoizu?) est le qualificatif donné à la scène de la musique bruitiste japonaise, particulièrement prolifique et influente, spécialement dans les années 1980 et 1990. Il s’agit d’un mot-valise formé de « Japanese » et « noise » (en français : « japonais » et « bruit »), qui fonctionne aussi bien en anglais qu’en japonais (ジャパノイズ)

 

On parle ici d’une scène (et non d’un genre musical, une scène étant généralement une variation d’un genre musical intégrant un élément distinctif reconnaissable. Une scène musicale est souvent géolocalisée, comme dans le cas du japanoise où la plupart des artistes viennent de Tokyo, ou Osaka). Sans transition, petite vidéo d’intro :

(merci à l’auteur de cette vidéo résumé, apparemment réalisée pour un projet scolaire :D)

Cette vidéo me permet de mettre des images sur le caractère singulier du mouvement, les lives ressemblent plus souvent a des happening artistiques. Plusieurs artistes du Japanoise comme Hanatarash revendiquent officiellement leur influence Actionniste[sup]1[/sup]. Le mouvement Dada[sup]2[/sup] a également inspiré nombre d’artistes Japanoise (Boredoms se désignait dans ses débuts comme “musique dada”), on se lâche le plus possible et ça part dans tous les sens

 

Impact sur les autres scènes musicales

Je conviens volontiers que le japanoise, et le noise en général, peut laisser des impressions diverses et variées aux néophytes allant de “j’aime vraiment pas” à “mais c’est pas de la musique ça”, néanmoins l’impact du noise sur l’industrie musicale se mesure au Japon (un peu moins dans d’autres contrées du monde, certes).

Melt banana, formation de Tokyo qui se forma en 1992, contribua à l’essor du scratch dans le nu metal des années 90. Avant ça le scratch se cantonnait un peu plus au hip-hop, on va pas se mentir. Mike Patton[sup]3[/sup] contribua à leur popularité dans le milieu underground, étant lui même catapulté au devant de la scène dans les mêmes années avec son premier EP produit par John Zorn (mais je m’égare). Il s’intéresse très tôt à Melt-Banana, jusqu’à faire quelques apparitions vocales sur Charlie, un LP sorti en 1998. La reconnaissance qui en découla leur permit d’acquérir la notoriété nécessaire pour se lancer à fond dans leur groupe, et à commencer à vivre des tournées mondiales qu’ils font encore aujourd’hui.

Mais le gros morceau du Japanoise, c’est Merzbow. avec une centaine d’albums à son actif. Ce monstre de productivité n’a cessé de faire rayonner le harsh noise japonais à l’international, en multipliant les collabs à l’étranger. Difficilement écoutable en solo (oui oui, même pour moi, ça commence a venir mais j’suis pas vraiment sûr d’aimer), c’est un artiste qui prends tout son sens au travers de ces collaborations avec d’autres artistes. Sa maîtrise des techniques de noise lui permet d’apporter une valeur ajoutée unique au son des autres, et c’est là qu’on commence à vraiment se marrer.

Je crois qu’il milite aussi pour un truc, je suis pas sûr

À l’intérieur même de la scène Japanoise, Merzbow est un pilier avec lequel la majorité des artistes (Boris, Keiji Haino, Melt Banana, Boredoms, Incapacitants) ont travaillé. D’autres acteurs de l’underground international ont également collaborés avec lui (Sunn O))), Alec Empire d’Atari Teenage Riot,)

 

Les groupes pionniers

Hanatarash

Formation de musique bruitiste expérimentale, Hanatarash fut l’un des premiers groupes de la scène Japanoise a considéré sérieusement l’idée de faire de la musique sans instrument. Formation composée de Yamtanka Eye (futur chanteur et leader des Boredoms) et de Mitsuru Tabata (futur guitariste de Zeni Geva), la formation a ainsi axée son art sur les performances live impressionnantes, et l’utilisation d’objets incongrus (bulldozers, scie sauteuses) pour produire leur musique.

Le live bulldozer notamment, occasionnera plus de 4000 euros de dommage qu’ils rembourseront à la salle de concert. Le bulldozer était également l’instrument de musique principal de la représentation. Le live à la scie sauteuse fera une petite frayeur à eYe en lui blessant la jambe (rien de bien grave, rassurez vous)

La fin du concert au bulldozer, c’est assez surréel

Merzbow

J’ai déjà dit tout ce qu’il y avait à dire sur ce brillant homme plus haut, à la place je vous laisse une petite bannière de mon cru illustrant son amour des gallinacés.

ça doit commencer à se voir, j’aime bien faire des bannières moches

Incapacitants

Assez proche de Merzbow dans la forme de leur son, ils déclarent vouloir faire du bruit « pur », sans l’influences d’idées musicales ou même d’intention humaine ; ils utilisent pour ce faire avant tout du larsen, des voix et plusieurs instruments électroniques.

Zeni Geva

Groupe qui fut rejoint par Mitsuru Tabata lors de l’explosion de la formation Hanatarash, Zeni Geva flirte avec des styles plus conventionnels de musique extrême (death metal, sludge, doom).

« Zeni » est un vieux terme japonais qui signifie « monnaie » et « Geva » provient de l’allemand « Gewalt » (violence), le nom du groupe souligne la violence d’un monde guidé par l’argent.

Le groupe est mené par le guitariste Kazuyuki K. Null, qui ne restera pas un simple guitariste pour longtemps aux commandes de ce groupe. S’initiant dans un premier temps à la batterie, puis à divers instruments expérimentaux

Keiji Haino

Un vieux d’la vieille avec une dégaine chamanique au possible. Il ne travaille pas tout le temps sur la texture analogique propre au bruitisme, mais il sait rendre ses escapades artistiques très intéressantes (il se démarque sur ses albums a capella). Un bon point de départ pour s’accommoder au harsh noise une fois qu’on a réussi à adhérer aux sonorités plus noise rock de Boredoms, Melt-Banana & co.

Regardez moi cette coupe, c’est encore mieux que la barbe de Gandalf

Boredoms

On arrive enfin au groupe que je chéris, et qui a peut-être le plus rayonné à l’international, je parle bien évidemment de Boredoms, formation légendaire de noise rock, mais pas que. Menée par Yamatanka Eye, ex-leader d’hanatarash, le groupe se recentre sur des instruments classiques, qu’on retrouve dans presque n’importe quelle formation rock (guitare / basse / batterie ) en intégrant des trompettes, kazu, percussions tribales, barres de fer qu’on tape avec d’autres barres de fer, histoire de varier les plaisirs sans retomber dans le pur noise d’hanatarash. Ici on a quand même un rythme défini (!), des mélodies (?), bref, c’est pas très harsh noise tout ça

Le son qu’ils produisent définira la forme d’un futur genre, désigné sous le nom de noise-rock (à ne pas confondre avec le shoegaze, qui se faisait lui aussi appeler noise rock dans ses jeunes années, ça m’est arrivé de parler pendant 20 minutes de noise rock avec mon père avant de comprendre qu’on parlait pas du tout du même genre) et s’émancipe des codes musicaux industriels du rock, en tentant de conserver toute son énergie et sa puissance scénique. La première phase de leur discographie influencera toute une vague d’artiste du japanoise(Melt Banana, Boris), mais aussi de noise rock en général (Hella, Lightning Bolt, XBXRX).

Il est bon de noter que leur reconnaissance internationale est également due à un certain Kurt Cobain, fan de longue date qui les sollicitera pour la première partie de la tournée Nirvana à la sortie de l’album “In Utero”. Je trouverais bien une occasion de m’étendre sur l’intérêt que portait Kurt Cobain à la scène rock jap dans un autre article.

À partir de leur album studio Super Ae (se prononce super eye phonétiquement), le groupe prends une orientation psychédélique et progressive dont il ne s’est toujours pas détaché. Le travail toujours plus approfondi dans les percussions tribales deviendra une de leurs marques de fabrique.

 

Pourquoi le noise ?

On parle du Japon, un pays à la société hyper normée (du moins dans ses zones urbanisées), et à l’industrie musicale ultra rodée en terme d’entertainment. Avec les groupes d’idol conçus pour plaire au plus grand nombre avec des chorés hyper chiadées et des idols dans le système depuis leur plus jeune âge, la scène underground découlant de cette vision de la musique commerciale devait bien être un peu plus violente que dans d’autres pays. C’est un peu leurs punks à eux (bien qu’il y ait une scène punk au japon aussi, mais j’en parlerais dans un autre article), leur cri de rébellion à l’international, façon “Regardez comme on s’en fout, on fait même pas de la musique !”.

 

Conclusion

J’adorerais vous parler plus longuement d’autres groupes qui méritent tout mon amour, notamment Boris et Melt Bana que je n’ai pu m’empêcher de citer à répétition durant la rédaction de cet article, mais j’ai jugé plus utile de m’attarder sur les groupes fondateurs de la scène.

Petite mention pour le projet musical de la batteuse de Boredoms, un groupe féminin qui s’apelle OOIOO, c’est de la bonne aussi.

Le japanoise, c’est bien, mangez-en tout les matins.

 

Annexes

(1) https://fr.wikipedia.org/wiki/Actionnisme_viennois
(2) https://fr.wikipedia.org/wiki/Dada
(3) Chanteur pluri-styles assez renommé pour son travail dans les groupes Faith No More & Mr Bungle, également mon dieu vivant du chant, juste devant Yamatsuka Eye, et le fait que je le classe devant le chanteur des Boredoms en dis long sur l’amour inconditionnel que je porte à ce mec. Sérieusement, checkez Mr Bungle.
(4) Album complet, par opposition à l’EP qui ne contient que 3-4 tracks et est en général destiné à promouvoir une chanson du LP correspondant (on parle de single dans l’industrie musicale

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